Maria MANTON, ‘"Le ciel GRIS "’, 1947, Galerie Marie-Robin
Maria MANTON, ‘"Le ciel GRIS "’, 1947, Galerie Marie-Robin

Mouvement ECOLE DE PARIS

ttirée dès ses débuts par Matisse et la couleur, Braque et la construction, Maria Manton peint des portraits, de sa famille, de Nallard et de ses amis, notamment de François Di Dio, futur éditeur du Soleil noir, des natures mortes et des paysages « où la véhémence chromatique des fauves est harmonieusement ordonnée par une facture se rapprochant des tentatives cubistes », écrit en 1946 Jean Sénac1. C'est déjà une semi figuration qui caractérise son travail.

Après son arrivée en 1947 à Paris, le dépouillement de ses gouaches comme de ses très grands formats peints sur isorel la mène dans la voie d'une rigoureuse abstraction. Dans ses constructions les surfaces équilibrées en aplats silencieux, dont un graphisme sensible souligne les frontières, s'imbriquent les unes dans les autres tandis que leurs gammes d'abord très colorées glissent vers des tonalités plus froides, jouant sur les noirs et gris, les bronzes, les sables et les terres.

En 1953 la redécouverte par Maria Manton des terres et des lumières d'Algérie a pour retentissement un assouplissement des structures de ses œuvres. « J'ai été soudain choquée par la lumière. (...) J'ai alors commencé à casser la forme », confiera Maria Manton2. Après un voyage en Allemagne, en 1955, la vision de Berlin et surtout de Cologne la font glisser, à travers une série dramatique qu'elle intitule Villes détruites, vers un art plus informel. À partir des années 1960 les ocres, les bruns, les noirs cèdent en ses peintures la place aux bleus lumineux, aux roses et lilas.

Nombreux sont dans les années 1970 les titres de ses toiles en lesquels Maria Manton évoque ses voyages avec Nallard en Espagne puis en Égypte, origine à partir de 1978 d'une longue suite, en Italie, particulièrement à Venise, et en Cappadoce. « En renouant avec ses origines méditerranéennes, elle retrouve la lumière sur laquelle s'ouvrent dès lors ses œuvres. (...) Sa peinture se libère et s'appuie de moins en moins sur les schémas géométriques. Elle ne craint pas de laisser surgir un élément reconnaissable, mais ce n'est qu'un hasard, dans le jeu des correspondances où elle veut nous suggérer des pans de murs blancs, des voiles, le sable, dans une symphonie d'ocres, de bruns, de roses réveillés par des taches rouges, brunes, bleues »3.

Chez Maria Manton, couleurs, lumières et motifs évoquent indistinctement, plus que des paysages naturels, des éléments architecturaux ou des motifs de la Méditerranée, silhouettes de barques ou de palais, formes d'arcades, colorations de façades ou de jardins. À l'opposé de toute description anecdotique, l'allusion sensible qu'y fait Maria Manton à travers des tons chauds et des lignes nerveuses est plutôt celle « d'une atmosphère, d'une sensation de fraîcheur ou de chaleur qui devient comme palpable pour le spectateur »4.

Références
↑ Visages d'Algérie, Jean Sénac, 2002, p. 70

LEn 1947 Maria Manton et Nallard, avec Marcel Fiorini, quittent Alger pour la région parisienne. Dès leur arrivée ils découvrent l'œuvre de Roger Bissière, ne tardent pas à partager son amitié et celle, à Saint-Germain-en-Laye, de Roger Chastel. À partir de 1948 Maria Manton expose en groupe à la galerie Colette Allendy puis à celle de Lydia Conti où ses œuvres côtoient celles de Hans Hartung, Gérard Schneider, Pierre Soulages, et au Salon des Réalités Nouvelles

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